Si pendant près d’une vingtaine d’années Ugo Bazuko a fait ses armes au sein du collectif Deshcore dont il est l’un des fondateurs, c’est maintenant ses projets solos qu’il cherche à développer. Pour se faire, tous les coups son permis, performance, collages, musique, collectionite aiguë, j’en passe et des meilleurs… Bref… Trêve de blablatages et place à un entretient haut en couleurs avec UBZK.

Riverside Productions : Tu as fini ton parcours en électro-acoustique au Conservatoire de Marseille?
Ugo Bazuko : Je suis en quatrième année là, il me reste un an… Ou deux ! Ça dépend si je suis pris ou pas, là le prof est parti à la retraite donc j’ai bossé un peu chez moi, en attendant le nouveau prof.
RP : T’as bossé sur quoi?
UBZK : Sur un truc qui est fait pour être sur un acousmonium, ou alors au casque… Je l’ai fait pendant le premier confinement, j’ai mis quatre mois à le faire, j’ai fait tout les sons à la maison, avec des cymbales, un triangle etc., des trucs comme ça. Qu’après je ressors à l’envers, avec des attaques des trucs comme ça…
RP : Sans pieds ? Genre sur tes mains ?
UBZK : Ouais ! Après tu peux mettre des micros qui tournent, des trucs comme ça.
RP : Le micro est mobile ?
UBZK : Ouais, avec un fil des trucs comme ça, je bricole quoi ! Avec de la flotte, avec ma chasse d’eau, pas mal aussi de field recording dans les Calanques, quand j’y travaille. Ya pas beaucoup d’effets, que des effets de base, reverb etc.. C’est quasiment que du collage.
RP : T’as pas mal de bruit d’eau ?
UBZK : Oui ya un bon quart… Donc du coup, pour l’instant il s’appelle Eau, jme suis pas pris la tête.
RP : Tu comptes le sortir quelque part ?
UBZK : Ouais, là j’ai dix minutes, mais j’attends que ça en fasse cinquante.
RP : Ok, tu veux sortir vraiment un bloc.
UBZK : Ouais un bloc, c’est plutôt un truc narratif je pense.
RP : Il y aura du texte dessus ?
UBZK : Non.
RP : Narratif en exploration du coup.
UBZK : Ouais, pour l’instant yaura pas de texte, il se peut qu’il y en ait, mais je pense pas.
RP : Tu pourrais le reproduire en live ?
UBZK : Une partie ouais. J’ai tous les sons enregistrés séparément, je peux les intégrer dans un sampler/séquencer et les les intégrer éventuellement sur du live… C’est à voir… Et surtout, j’aimerais peut-être faire ça avec quelqu’un, il y a une autre version avec un clarinettiste basse et ça rend vraiment pas mal aussi.

Ça c’était vraiment que de la musique concrète.

– UBZK

RP : Dans quel cadre avez-vous fait acousmonium ?
UBZK : On le monte au conservatoire chaque vacances, ya quarante enceintes en général, à deux occasions on a aussi fait la nuit de électroacoustique, ou pour l’année Amour par exemple en 2018. Sinon tous les mardi yavait un concert, L’Oreille Concrète, ça c’était vraiment que de la musique concrète.
RP : Là t’es en équivalent de Master 1 du coup ?
UBZK : Pas vraiment, en France quand t’as ta cinquième année c’est l’équivalent d’un bac, c’est le seul pays en Europe. Mais bon la classe est super, le prof faisait un peu ce dont il avait envie et ça c’est vraiment un plus de cette classe là par rapport à d’autres villes. Ailleurs apparemment ils sont un peu plus sélectifs, c’est pas mal de savoir lire la musique, etc., chose que là on a pas vraiment besoin.
RP : Ouais, il ouvrait son cours au public aussi c’est super.
UBZK : Ouais c’était cool, ça démocratise le truc.

RP : Tu continues les collages ?
UBZK : Je viens de sortir un bouquin là chez l’éditeur colombien Sarcofaga. On l’a fait a quatre mains, moi j’ai fait les collages et mon pote a dessiné par-dessus, j’ai un peu dessiné aussi mais globalement on s’est partagé le travail comme ça.
RP : Avec qui ?
UBZK : Felipe Cueca, ou Desputrefecto, je l’ai rencontré à Vendetta il y a deux ans où on avait un stand avec Dershcore où on montrait des collages mélangés à des textes, après on a fait de la performance au Crack Festival à Rome pour Le Dernier Cri avec Detrito un autre artiste colombien et de la musique, mais la base, la genèse c’était le collage.
RP : C’est pas galère d’imprimer en Colombie ? Pourquoi ce choix ?
UBZK : Parce que c’est un artiste colombien qui a son atelier là-bas.
RP : Ça serait pas plus intéressant de faire une double impression ? Une en France, une là-bas ?
UBZK : On pourrait faire ça c’est en réflexion. C’est pas compliqué de se faire envoyer des bouquins par-ci par là en prenant un peu de place dans les valises d’amis qui voyagent. Dans l’autre sens c’est pas mal, car depuis 81 avec Jack Lang t’as une aide qui fait en sorte que ça te coûte pas cher d’envoyer des livres. C’est pour ça qu’il y a beaucoup d’éditeur en France et que ça marche bien en France, parce qu’on peut exporter. Ya beaucoup d’artistes européens qui viennent en France pour envoyer leurs trucs.

ubzk pochette

UBZK : Sinon pour mon projet Ugo Bazuko, jsuis un peu dans le délire trap avec des collages sur des planches de skate que je présenterais à Vendetta qui aura lieu certainement en août, j’aimerais bien faire ça a SOMA, Sissi ça serait cool aussi.
Certaines sont neuves d’autres sont éclatées, j’en ai encore quelques-unes à faire et c’est bon. J’avais aussi un projet hybride entre Dershcore le collectif dont je fais partie et mon projet perso, avant que j’aie un côté hip-hop plus assumé, c’est des pochettes de vinyle customisées. On m’a commandé quelques pochettes d’album aussi pour Swampdiggers tout particulièrement en collaboration avec Drnoze et quelques artistes de Cloudrap indés, ya toute une série. Je suis à fond de Drill pour celle-ci, des collages originaux cette fois, pas des détournements, ici je sors un peu du mélange noise/punk, que j’adore habituellement.
RP : Tu vas à Emmaüs récupérer des vieilleries et tu t’éclates ?
UBZK : C’est ce que j’ai fait oui. J’aimerais bien chopper un bon lieu d’expo, genre white cube, inviter des tatoueurs des trucs comme ça. J’aimerais bien reprendre les pochettes que j’ai détourné et composer au moins un morceau par vinyle.

Je me mets au graff aussi maintenant, je teste quelques trucs là. J’ai commencé avec mon neveu de onze ans et c’est très bien comme ça ! On a notre propre crew !
J’ai aussi un projet photo qui est en cours sur mes années free-party, quand j’étais ado. J’ai commencé à quatorze ans et maintenant j’en ai trente-neuf. J’ai commencé par ça, par la photographie.
RP : C’est développé ?
UBZK : Ouais, je développais moi-même, juste des portraits. J’ai testé différents papiers, et le papier le plus cheap, c’est celui qui marche le mieux, surtout que c’est des photos faites avec des appareils de merde. Mon père m’avait offert un petit Nikon premier prix.
RP : Tu savais l’utiliser ?
UBZK : Oui, mais je faisais tout en automatique parce que j’avais pas envie de me prendre la tête, puis j’étais pas forcément en état. C’est un projet qui est en cours de montage on verra bien ce que j’en ferais.
Après à côté j’ai toute une collection de vidéos pour le live.
RP : Oui, pour tes statues, tes amoncellements de télés.
UBZK : Ouais, ya de tout, chez moi j’ai à peu près trois cent cassettes vidéos qu’on m’a donné de quelqu’un qui avait une librairie, plutôt de culture alternative on va dire.
RP : T’as tout maté ?
UBZK : non, non, mais j’ai tous les Godzilla, tout les trucs de vampires, plein de trucs de série B. J’ai aussi récupéré tout un stock de diapos à une époque ou le porno avait un peu plus de fric du coup yavait de vrais photographes sur le tournage. Donc, j’ai des photos de tournages, notamment des photos de films pornos gay qui sont superbes, trop bien faites. J’aimerais bien peut-être éditer ça, ou faire une expo. J’ai aussi des photos d’acteurs pornos des années deux mille qui sont assez connues, Dorcel et compagnie. T’as tout les passeports avec leurs photos ou leurs cartes d’identité pour prouver qu’ils sont consentants, donc c’est assez marrant de voir les gens avec leur vraie identité où ils sourient tout ça en parallèle avec le côté anonyme du porno, ya une expo avec ça, ou un scénario. C’est tout en diapo.

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