Luufa, le corps au service de la musique.

21 décembre 2020 | DIY, Musique

Luufa, ou Lucas pour les intimes est l’instaurateur d’un style musical bien particulier, presque autant que lui ; la Muscle Pop, paradoxe s’il en est car chez lui tout n’est que douceur. Au sein de notre dialogue nous avons abordé des sujets variés du genre méthodologie de travail, influences musicales, bidouilles de matos et quelques anecdotes personnelles.

Riverside Productions : Du coup tu me disais qu’en ce moment tu bosse pas trop?
Luufa : Non justement c’est l’inverse je bosse à fond, j’ai dix mille projets en cours et c’est un peu chiant de finaliser les trucs justement. J’essaie d’écouler ce que j’ai. J’ai quatre morceaux qui vont sortir d’ici fin janvier, avec trois clips.
RP : Tu fais des clips sur toutes tes prods?
L : Ouais, pour l’instant ouais. En fait… Ouais. Pourquoi pas quoi? Ça fait un truc en plus, moi je m’éclate à le faire. De plus en plus d’artistes le font et je kiff quand ils le font, donc jme dis… Pourquoi pas ? Je fais des trucs lo-fi, jme fais chier sur le montage et tout, mais si ya un concept à la base on s’en fout de la qualité, les gens s’en tapent. Je pense que ça vaut l’investissement, en temps et en… Tout.
RP : C’est bien de pouvoir voir l’artiste, surtout dans la pop.
: Ouais, t’es un peu obligé même. Mais j’aime bien montrer ma tête moi.
RP : Tu sors tes tracks unes par unes ? T’attends pas de faire un EP ou un LP ?
L : Euh, si. Mais le truc c’est que je suis un peu trop éclectique dans le style. Du coup je les conçois plus comme des singles. Après là yen a deux qui je pense vont bien ensemble donc je pense que je vais les sortir ensemble, ça fera un mini EP, mais sinon c’est juste des singles ouais. Après les nouveaux trucs que j’ai j’en ai trois ou quatre qui vont bien ensemble, c’est un peu un virage, ça change un peu de style.
RP : Pour toi il faut vraiment que ça aille ensemble ?
L : Oui voila, puis vu qu’ils ont chacun leur vidéo c’est vraiment une entité en soit, je pourrais pas choisir le nom de l’EP parce que pour moi c’est l’un ou l’autre, pas un tout. Quand j’écoute un EP ou un LP, je ressens la cohérence et j’aime bien le fait que ça représente potentiellement une partie de la vie de l’auteur.
RP : C’est à ça que servent les interludes nan ?
L : Haha, Ouais, jsuis pas trop interludes moi, je réfléchis plutôt en séries de prods, là par exemple j’avais commencé à produire pour que des potes posent leur rap dessus et au final c’est des trucs que j’ai gardé pour moi. Ça marque quand même un sacré virage par rapport aux prods précédentes, ça assume beaucoup plus mon côté pop. Mes prods les plus anciennes ont d’ailleurs une influence Club bien plus marquée et ça reste des moments que je kiff en live, elles ont aussi leur importance.

RP : C’est quoi ta méthode de production ? J’ai un pote qui sort une track par jour sur Bandcamp, ça m’échappe un peu car il fait ni mixing, ni mastering et j’ai comme l’impression que c’est présenter un travail incomplet.
L : J’en ai fait trois hier soir des démos, jpeux t’en sortir aussi une cinquantaine haha.
RP : Tu les publies sur les plateformes de vente ?
L : Haha, nan c’est mort ! Moi je passe des mois et des mois sur mes tracks.
RP : J’ai rencontré plusieurs artistes qui défendent ça comme étant une façon absolument légitime de produire
L : Le mieux ça serait d’être entre les deux, il faut être rapide, je pense que c’est comme avec n’importe quel instrument, il faut le pratiquer tous les jours pour gagner technicité, réflexes et être une machine après et tu peux arriver à ça, mais ça prend du temps. Il faut de la discipline. C’est par phases, parfois c’est dur d’être tout seul, parfois je suis hyper productif et parfois je suis incapable de produire quoi que ce soit, pendant des mois parfois

RP : C’est un projet solo du coup ?
L : Jsuis tout seul, ouais. Mais j’ai de plus en plus envie de collaborer, j’en ai un peu marre d’être tout le temps solo, du coup j’essaie d’impliquer d’autres personnes en ce moment.
RP : Tu produits tout sur Live ?
L : Ouais, je fais le mix, les vidéos, tout quoi, j’apprends cinq métiers d’un coup, mais ça vient !
RP : Moi ce que j’aime bien dans tes tracks c’est que t’as pas seize temps qui sont identiques.
L : Ouais ! J’essaie de travailler chaque partie comme un tableau qui vient s’entremêler à d’autres tableaux.
RP : Tu te fais pas chier avec des intros interminables aussi.
: C’est de la pop, du coup faut aller droit au but, pas de chichis. Au début je voulais faire un truc plus électronique, mais au final ça je le garde pour le live… En parlant de live justement j’aimerais bien m’associer avec un VJ, vu que pour l’instant je suis seul sur scène et ça serait vraiment bien d’accentuer le côté psychédélique, c’est un des axes qui sont importants pour moi. Ça a un côté un peu perché, détaché, léger.
RP : C’est toujours bien d’intégrer un aspect supplémentaire à ta performance.
: Ouais, surtout que je suis seul sur scène et il faut donner autre chose, toujours plus. Même si tu fais le show ça peut être encore plus ! C’est cool, c’est agréable à voir quand il y a un truc travaillé. Par exemple j’ai totalement modifié ma guitare, c’est le carrément devenu le cœur de mon live. J’y ai installé un microprocesseur qui me permet de tout mapper en midi, notamment avec la position de la guitare qui active certains filtres ou des smileys lumineux super funky. J’y ai ajouté des potards supplémentaires qui me permettent de paramétrer tous ses effets, etc. C’est ça qui m’a fait commencer la vidéo, pour expliquer un peu tout ça.

RP : Tu écris aussi à côté ?
: Oui, il y eu un moment ou j’ai essayé d’écrire de la fiction, mais maintenant j’écris juste des états d’âmes, des paroles, parfois de la prose. Pour les paroles le plus souvent c’est quand je viens de vivre une émotion forte, alors je jette ça sur papier, ensuite je réassemble cette sorte de puzzle de trucs que j’ai écris récemment autour d’un thème. Pour moi c’est ça, décrire une émotion.
RP : Et avant Luufa c’était quoi tes projets ?
L : Tu veux dire de musique ? J’ai toujours joué mais j’avais plus d’ordi et je ne produisait plus de musique, je suis parti un an au Mexique puis en Californie, puis deux ans à Hawaï sur le bateau de mon frère. Au Mexique j’ai survécu grâce à la guitare parce que j’avais pas de thunes, je jouais dans les cafés, les bars en faisant des covers tu voies, de la merde. Ensuite à Hawaï j’ai pu m’acheter cet ordi parce que je taffais comme un malade là bas et j’étais bien payé, pour du paysagisme et du maraîchage.
Donc pendant un gros moment j’avais plus d’ordi et je vivais comme un hippie, et quand j’ai pu réinstaller Ableton, ça m’avait tellement manqué… J’hésitais à passer une saison de plus là bas car on habitait soit sur le bateau à deux soit dans les vergers où on a eu pas mal de problèmes d’inondations.
RP : En mode caravane ?
L : Ouais je m’étais construit une petite maison en bois magnifique, j’avais tout les fruits exotiques possibles à portée de main.
RP : Plus besoin de faire les courses, super !
: Ha ouais laisse tomber, les courses c’était une fois par mois pour acheter des pâtes et du PQ haha. Tout était bio autour je mangeais trop bien, c’était la folie. Et au bout d’un moment je me suis dit que bon, je pourrais faire le paysan toute ma vie, et c’est sûrement comme ça que je vais finir, j’adore faire ça, mais en attendant j’ai quand même bien envie de faire de la musique. Du coup je retourne à Paris ou j’avais plein de potes dont les projets commençaient à bien marcher et ça donnait envie. Sans parler que pendant ces deux ans à Hawaï j’habitais avec mon frère, et vivre deux ans avec ton frère c’est quand même hyper intense, au bout d’un moment on se tapait sur la gueule constamment, en deux ans on jamais passé plus de 24h séparés, on faisait tout ensemble, on a vécu sur un bateau. C’est là que je me suis dit je me lance dans ce projet et je m’y lance à fond. C’était en 2018, cinq mois plus tard je faisais mon premier concert, donc c’est assez récent quand même, ça commence à avoir de la gueule maintenant car j’ai mis un certain temps avant de trouver une cohérence, et de trouver vers quelle direction je voulais mener mon projet.

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