Le cas curieux de Milton Babbit.

26 avril 2022 | Musique alternative, Production Musicale, Théorie de la musique

En 1957 un article maintenant tristement célebre a été publié dans un magazine nommé « High Fidelity« . Rédigé par le compositeur américain, Milton Babbit qui était aussi un professeur de musique et de littérature à l’université de Princeton (New Jersey). L’article était nommé « The composer as specialist » (le compositeur comme spécialiste), nous reviendrons sur ce titre dans un moment. ui était une expansion hautement complexe des idées d’Arnold Schoenberg. Il est intéressant de mentionner que même pour ses admirateurs, la musique de Babbit est difficile à aborder et non quelque chose que l’on peut apprécier à la première écoute, cela en plus de l’article peut être perçu comme une forme d’élitisme.

Une certaine frustration à l’orgine du texte de Milton Babbit.

Au fil du temps, il s’est rendu compte qu’il devenait de plus de plus en plus frustré par deux choses : Que le rôle du composeur n’était pas assez respecté au sein du monde enseignant qui considérait la musique comme étant plus une commodité publique qu’un forme de recherche sérieuse. En second lieux, Babbit dédaignait particulièrement la forme traditionnelle des salles de concerts classiques où les audiences étaient habituées à des musiques plus conventionnelles de Beethoven ou Mahler – et qui n’avait aucune idée de ce qu’était le « total serialism » – qui n’étaient absolument pas préparées à sa musique et qui souvent réagissaient avec hostilité à celle-ci. Ainsi, dans son article, il argumente de la sorte : En premier lieu il reconnaît que sa musique est inaccessible et indique qu’elle demande des connaissances en histoire de la musique pour l’apprécier, et argumente que cela ne doit pas être considéré comme quelque chose de négatif. En second lieu, il reconnaît que les auditeurs non préparés ne peuvent pas raisonnablement mais que les comportements hostiles ne sont pas justifiés lorsqu’il réagissent avec hostilité.

Milton Babbit par Les Allsopp.

Son argument était le suivant : « Ma musique n’est peut être pas populaire dans un contexte de salle de concert mais a de la valeur en tant que recherche car celle ci cherche à faire progresser les frontières de la musique en explorant des sonorités et des structures en dehors du point commun de référence – libérée du besoin de s’occuper la compréhension limitée de l’auditeur occasionnel. Il dénote que cette philosophie est généralement acceptée dans la majorité des autres formes de recherche. « Ainsi, j’ôse suggérer que le compositeur se rendrait un service immédiat et éventuel pour lui-même comme pour sa musique par un retrait total, résolu et volontaire du monde publique pour celui de la performance privée et du média électronique. ».

Quelle récéption pour Milton Babbit?

Il y a eu trois types de réponses à cela. Certains ont détesté l’idée qu’un compositeur encourage ses collègues à abandonner le publique d’écoute plus large pour battre en retraite dans le monde de l’enseignement. D’autre virent cela comme une attaque défensive contre les auditeurs qui n’aimaient pas sa musique. D’autres étaient irrités par le Babbit positionnait son travail comme une « avance » de la musique. Milton a bien raison de défendre la complexité et l’inaccessibilité contre ce qui peut parfois être une écrasante insistance au sein des membres de l’audience que la musique doit être ce qu’ils veulent qu’elle soit. C’est une sorte d’attitude « client roi » qui refuse de prendre en compte un point de vue alien.

Les causes des troubles de Milton Babbit.

Ceci dit il y a deux gros problèmes avec cet article. En premier lieu, le nom. Le titre original était pourtant « The composer as specialist » (le compositeur comme spécialiste). Pourtant, le titre de l’éditeur était « Who cares if you listen ? » (Qui se soucie si vous écoutez ?). Et sans surprises, ce titre hostile est l’une des principales raisons qui a fait que l’article a attiré tant d’attention, un changement de titre qui a été effectué sans le consentement de se son auteur. Le second problème est l’amertume peu dissimulée de Milton : « il est souvent que seuls dans la politique des dans les « arts » que le profane se considère comme un expert, avec le doit d’avoir son opinion entendue. Dans le royaume des politiques il sait que ce droit, sous forme de vote, est garanti par décret. Comparablement, dans le monde de la musique publique, l’amateur de concerts est conforté par le savoir que les commodités d’un concert protègent son affirmation fermement exprimée « Je n’ai pas aimé ».

Au sein de l’article Milton précise aussi que si sa musique disparaissait, quasiment personne ne s’en rendrait compte, mais plutôt que d’avoir écrit ça d’une façon auto-analytique et honnête, il s’exprime de la sorte : « Si cette musique n’est plus supportée, le répertoire sifflant de l’homme de la rue n’en sera que peu affecté… Les activités de concert du consommateur visible de culture musicale n’en sera que peu dérangée… Mais la musique cessera d’évoluer… Cessera de vivre.». De sa propre admission, il est maintenant renommé, non pas comme compositeur, mais comme l’auteur de « Who cares if you listen ?« , ce qui est infortuné. Avec un autre titre, un peu plus de contexte et moins d’amertume, il aurait probablement attiré beaucoup moins d’attention.



Idée originale de Tantacrul,
Traduction par Edmond Truand,
Le 24 avril 2022.

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