Du Cœur Records, label mutant (mais familial).

31 août 2020 | DIY, Label, LGBT+, Marseille, Musique

Jules du Cœur est à la tête de Du Cœur Records qui, depuis sa création en novembre 2018 a hébergé sept différentes sorties. En premier lieu DJ, maintenant producteur, il a fait ses premières armes avec le collectif Platinium Whoops à Toulouse, sa ville d’origine. C’est après un passage au Japon qu’il s’installe définitivement dans la cité phocéenne où il n’a pas perdu de temps pour s’intégrer.

Riverside Productions : C’était quoi ton idée de base pour le label?
Jules du Cœur : J’en avais marre de faire des trucs tout seul, de ne pas trouver de label, de communauté ou de collectifs dans lesquels je pouvais expérimenter des trucs de production. J’envoyais un peu des messages à toutes ces familles de labels qui sortaient un peu des compils, qui organisaient des soirées ensemble et je me suis dit : « Pourquoi pas ? ».
Je suis parti au Japon en ayant ça en tête, puis à Osaka j’ai rencontré Sojû, la personne derrière Dark Jinja qui a produit des potes français (et même marseillais) sur son label. Il m’a expliqué́ gérer ce projet seul et s’organiser avec les gens dont il aimait simplement le travail, à son rythme, sans se poser de limites d’espace-temps ou d’esthétique, en gros il en fait ce qu’il veut, quand il veut. Sa conception DIY et intuitive m’a beaucoup inspirée.

RP : Pourquoi Du Cœur Records ?
Jules du Cœur : Du Cœur est le matronyme fictif de ma chosen family, concept qui m’a toujours parlé et reflète par extension la façon dont j’ai envie de faire évoluer ce projet , avec le cœur.


Si tu as une place dans mon cœur tu as ta place dans Du Cœur.


RP : Et maintenant ?
Jules du Cœur : Mes perspectives ont changé en un an et demi d’activité, je visais au départ une sorte de production internationale et numérique en créant une sorte de communauté́ virtuelle – d’où la première compilation manifeste de 21 titres regroupant des artistes de plus de 10 nationalités différentes, indépendant du genre de musique ou d’esthétique- mais petit à petit, je me suis recentré sur une certaine localité, française et marseillaise.
Je cherchais au départ une sorte d’unité que je définissais par des négations : anti-institutionnel, anti-capitalise et anti-normatif, mais l’idée de travailler par rapport à une territorialité et une communauté me semble plus adéquate, sans non plus abandonner ces valeurs, mais en y ajoutant du sens. J’aime pouvoir rencontrer les personnes avec qui je suis amené à bosser, à tous les niveaux d’ailleurs, que ce soit les artistes, les médias, les lieux, les assos, etc..

MANIFESTO - DU COEUR RECORDS
Manifesto – Du Coeur Records
Novembre 2018


RP : Qu’est-ce qui fait que tu vas décider de produire un artiste ?
Jules du Cœur : Je cherche plutôt à collaborer avec des personnes, des identités plutôt que de spéculer sur un projet en me demandant si c’est bankable, « in » ou je ne sais trop quoi. Si tu as une place dans mon cœur tu as ta place dans Du Cœur, pour sûr.
J’aime aussi l’idée d’être l’hébergeur de projets qui ne trouvent pas de places ailleurs, de projets dissidents et hors normes en les valorisant par leur singularité. Je recherche aujourd’hui moins l’unité que des rencontres plurielles.
Je reçois parfois des démos, parfois je contacte directement des artistes. Et je définis avec ell.eux leurs envies / besoins, plus largement la place que je peux prendre dans ce projet et puis on se met d’accord sur sa faisabilité. J’ai une sorte de mail-type avec une batterie de questions que j’envoie en guise de premier contact, pour rencontrer la personne en même temps que son boulot.
A titre d’exemple, pour une prochaine sortie, Antony No Limit, un artiste strasbourgeois , qui a par ailleurs déjà joué pour une soirée Paillettes à Marseille, m’a envoyé une démo d’un EP de deux/trois tracks par la suite on a élaboré ensemble le reste du projet, en y incluant un pressage CD, des remixs et un ensemble de visuels/clips réalisés par ses soins.
Dans nos premiers échanges il m’a dit vouloir rejoindre la famille Du Cœur. Maintenant que le projet avance, on s’envoie des mails pour checker nos humeurs et nous tenir au courant de nos vies tout autant que du bon déroulement de la production de l’EP. C’est exactement comme ça que j’aimerais que ça se passe à chaque fois, un peu à la manière d’une House dans son fonctionnement meta-familiale, faisant de moi une Mother qui adopte des enfants et leurs projets au sein de ma maison.

RP : Tu es assez discret dans ta promo, c’est une volonté ?
Jules du Cœur : Mmmh, c’est un peu paradoxal, d’un côté j’ai envie de faire grandir ce label pour développer de la visibilité, pouvoir faire un peu de thunes et la redistribuer en payant les gens avec qui je collabore, pouvoir financer des sorties physiques, organiser des événements et des résidences, mais en même temps j’ai peur de perdre l’intimité et les valeurs qui sont au cœur de ce projet en faisant trop de consensus.
Dans ma conception actuelle, faire de la com à gogo, courir après les subventions et les appels à projet rimerait avec la perte de mon autonomie financière, artistique et professionnelle.
Concernant la promo il y a une autre problématique qui rentre en jeu : celle des réseaux sociaux que j’ai du mal à manipuler à des fins promotionnelles et commerciales, de peur de spammer et de m’inscrire dans une démarche trop mercantile et exhibitionniste. Je cherche d’autres moyens de communication, peut-être plus old-school mais plus intime, je réfléchis à une newsletter mensuelle en ce moment…
Après j’avoue c’est aussi que la com ça prend tarpin de temps, et que j’ai la flemme de faire que ça.

Jaquette Plague - Pol100 (du coeur records)
PlaguePOL100
Octobre 2019.

RP : C’est pas trop difficile d’être seul à tenir la barre ?
Jules du Cœur : C’est sûr que vu la relation filiale , quasi amoureuse que j’entretiens avec ce projet, il y a des moment de solitude. Tout se ralenti quand j’ai des coups de mou, et l’avancement dépend beaucoup de moi.
J’aimerais dans un avenir plus ou moins proche créer une petite équipe, ou en tout cas trouver des collaborateur.istes ponctuelles ou pérennes, des personnes qui comprendraient les différents enjeux et missions et qui seraient prêtEs à y mettre de leur passion. Je ne suis pas de nature jalouse mais j’ai pas envie de dénaturer l’essence du projet et ça prend du temps de trouver les bonnes personnes et les bonnes façons de collaborer avec elles.
Des âmes sœurs en quelque sorte pour élaborer une relation poly avec Du Cœur, héhé.

RP : Du Cœur en mutation du-coup ?
Jules du Cœur : Oui, en premier lieu pour la partie Records, que je veux nourrir et développer, tout en l’axant plus sur une ligne locale et communautaire, j’ai envie de plus et mieux inclure les enjeux de ma communauté (queer) dans ce projet.
J’ai aussi le désire de refaire de événementielle, mais c’est une tout autre façon de s’organiser et de nouvelles problématiques, affaire à suivre !


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