Entretient avec Cheval Chien.

5 octobre 2021 | Uncategorized

Cheval Chien, ou Alex de son prénom est un artiste disciplinaire maintenant marseillais. Si c’est par la musique que nous avons pu le découvrir, il est loin de se contenter d’un seul médium. Les différentes pratiques artistiques auxquelles il s’exercent sont pour lui autant d’ingrédient qui viennent remplir sa popotte, selon son humeur.

Riverside Productions : Du coup, Cheval Chien, t’as fini ton master cet année, aux beaux-arts d’Aix. T’as fait tout ton parcours là-bas ?
Cheval Chien : J’ai fait trois ans à Rouen et un an de prépa à Paris.
RP : T’es de Rouen à la base ?
CC : De Paris.
RP : C’est rare que les gens quittent Paris pour aller dans une ville de province.
CC : Bah j’avais été pris à Rouen et à Chalon-sur-Saône et Rouen est à une heure de Paris donc ça m’arrangeait.
RP : C’était quoi tes spécialités quand tu as commencé en première année, ou tes espérances de spécialités ?
CC : Quand j’ai commencé je faisais que des coulures d’acrylique abstraites, pas top… Je faisais que ça quoi.
RP : D’accord, c’était vraiment ton gros délire… Et ça a évolué comment au fil du temps ?
CC : Ben jsuis parti dans la figuration en peinture, un peu mal inspiré de ce qui peut être arts brutes ou des trucs comme ça, et en fait très vite ça m’a saoulé et je tournais en rond et j’ai commencé à bosser avec mon ordi. J’ai fait de l’animation 2D à l’arrache en essayant tous les boutons sans regarder trop de tutoriels. Du coup ça a été laborieux mais j’ai fini par avoir une espèce d’esthétique. Assez tard j’ai commencé à faire du son à la base, pour palier au manque quand on regarde une vidéo et il qu’il n’y a pas de son. Après est venu l’installation et l’importance de l’installation.
RP : C’est-à-dire avoir des trucs pluridisciplinaires ?
CC : C’est ça ouais.
RP : Et de la perf ?
CC : J’ai jamais vraiment fait de perf nan. J’essaie de faire en sorte que le moyen de monstration audiovisuel soit aussi important que l’audio et le visuel en fait. Il faut qu’il y ait une espèce d’égalité.
RP : Au final ça devient une sorte de pièce entière.
CC : Ouais, il faut pas un qui est l’illustration de l’autre, il faut que tout soit un piédestal.
RP : Ouais, tout s’aide en fait.
CC : Ouais, carrément, la multiprise apparente elle est aussi importante que telle fréquence que t’entend ou que telle animation que tu peux voir à l’écran.

RP : T’aime occuper quels lieux toi en général ?
CC : Bah, en vrai… J’ai pas mal bossé dans des apparts, j’ai donc vidé les apparts, bougé les meubles et puis et puis les utiliser comme des espaces de monstration. Pas de white cubes quoi. Grâce à mon école à Rouen, j’avais fait des bails dans un hôpital psy. J’avais fait des bails dans une usine de traitement de déchets, sinon j’ai fait des trucs dans une petite ville paumée dans un domaine viticole…
RP : À chaque fois tu étais invité par des collectifs ?
CC : J’étais invité par des potes, des profs, des collectifs, ou alors des appels à projets auxquels je cherchais à participer.
RP : C’était ma question suivante justement. Là tu as fini ton master, t’essaye de rester dans l’art, c’est quoi l’étape d’après ?
CC : Bah là on est quinze, presque tous sortis du master, sauf quelques-uns aux beaux-arts de Marseille, on cherche un lieu. On a un collectif qui s’appel Collectif Mastique, ou Mastique Collectif jsais plus. Du coup on cherche un lieu qui puisse nous servir beaucoup d’atelier, mais aussi de temps en temps que l’on puisse ranger et organiser des events. Globalement on veut faire de la création et de la diffusion de pratiques contemporaines, vu qu’on est quinze ça va dans tous les sens… Du coup là on cherche le lieu.
RP : Tu me disais que tu as organisé à Rouen auparavant aussi ? C’était quoi le nom de votre collectif ?
CC : C’était Illusion Stérile. On a fait une édition et on aimerait en faire plus. C’était à la fois un vernissage, à la fois des concerts. On a un pote à nous qui a fait un truc expé assez spécial, après un mec qui a rapé et après un pote qui a mixé de la micro. Le lieu était assez incroyable, c’était dans l’appart d’un pote qui avait accès à la cave directement de son appart, genre une cave qui doit faire 1m50 de haut tu vois, j’avais fait des projections dans le fond c’était assez marrant. Après c’était ya longtemps, on était en deuxième année, on avait beaucoup de choses à offrir mais c’était le début quoi.
RP : Ouais faut tailler du gras quoi.
CC : Ouais, mais faut le revendiquer aussi.
RP : T’as le sourire, t’as pas l’air de le regretter, c’est ça qui compte.
CC : Au contraire, au contraire ! On aurait aimé le refaire mais, ça s’est pas fait, on avait un gros groupe soudé à Rouen et on s’est tous dispatchés, c’est compliqué de se capter.

RP : C’est quoi qui a motivé ton départ à Marseille pour le master ?
CC : Le soleil déjà ! Mais surtout Rouen ça m’a fait péter un plomb… En vrai yavait une scène noise assez incroyable yavait un truc qui s’appelle Paul Gremare, et en vrai de toute la Normandie et même dans le nord et tout c’est lui le plus présent dans ce milieu là, c’est un mec qui organise ça depuis des années. C’est assez puissant, il fait venir du monde de loin et tout… Mais c’est le seul truc qu’y avait, du coup Rouen ça m’a fait péter un plomb, moi je venais de Paris et j’avais besoin de faire des trucs, de voir des choses, d’avoir une ville vivante, il se passait pas assez de choses. Je voulais plus revenir à Paris parce que ça m’avait soûlé. Du coup j’avais tenté le sud, Marseille, Aix, Montpellier, Nice parce que c’est une bonne école donc voilà…
RP : Quand tu postules pour une première année de master, tu postules aussi pour un mémoire avec un chef de thèse etc., c’est toi qui a choisi ton mémoire ?
CC : Ouais, je l’ai un peu next facilement, je l’ai fait sur l’ennuie, et j’ai fait une espèce de pièce de théâtre impossible à jouer, absurde, où en gros je balance plein de références, j’ai vraiment next le bail et c’est passé tout seul. J’ai vraiment fait ça vite et mal et au final j’ai revendiqué ça comme un truc voulu et c’est passé.
RP : Quitte ou double quoi.
CC : Ouais, vraiment. Ça m’a soûlé un peu cet exercice là.

RP : T’es content de ton passage à Aix ?
CC : Ouais carrément, ils ont un matos son incroyable, c’est un truc qui m’a motivé à aller à Aix, leur matos niveau nouvelles technologies, parce qu’à Rouen le studio son c’est un Korg Voyager, ça c’est assez cool… Et c’est tout en fait, ha si, un ordi avec Logic Pro 1 ptet…
RP : Toi la musique tu t’y es mis quand ?
CC : Je m’y suis mis en deuxième année, donc ça fait quatre ans. De base c’était plus de la BO que je faisais, pour mes propres vidéos et aussi des BO de vidéos qui n’allaient jamais exister. Je justifiais leurs existences plus comme une bande originale que comme de la musique. J’ai mis du temps à sortir de ça, je me suis un peu bloqué là-dedans au début. Mes deux premiers projets, c’est les premiers trucs que j’ai publié sur un ancien Bandcamp et c’était des BO de films qui n’existaient pas et n’allaient jamais exister.
RP : C’est assez romantique comme approche.
CC : Ouais carrément.

RP : Quand toi tu t’es représenté pour ta musique live, tu as fait ça dans quel contexte ?
CC : Dans les deux fois c’était dans des vernissages, une fois c’était un pote qui faisait une installation dans deux anciennes chambres d’un ancien hôpital psy, une des salle était toute défoncée, les murs arrachés et moi j’étais dans celle-là où il y avait une peinture et moi je faisais un truc super dark, lui était dans une autre chambre qu’il avait transformé en poulailler avec une belle lumière et faisait un truc ambient, complètement opposé. La deuxième fois c’est un mec qui m’a invité. Un pote à moi qui s’installe à Marseille avec qui on a créé un micro-label, Hessncf. Il avait organisé un vernissage dans un tout petit lieu, genre plus petit que l’Asile 404, à Rouen aussi, il avait récupéré plein de sapins que les gens jetaient juste après Noël et avait fait un énorme tas et on jouait tout les deux à côté et c’était marrant. C’était ya trois et quatre ans.

RP : ça vient d’où Cheval Chien ?
CC : D’une private joke à la base, d’un tatouage que je me suis fait, d’abord éphémère, puis permanent que j’ai maintenant dans le dos. C’est devenu mon nom sur Instagram puis maintenant c’est mon nom de scène.
RP : C’est quoi ta relation avec les tatouages ?
CC : Euh… Pff…
RP : T’en as combien tu les as comptés ?
CC : J’ai passé les soixante là.
RP : Pas mal, ils sont pas si schlag en plus !
CC : Ouais ils sont de mieux en mieux. Par les beaux-arts on achetait des machines sur le net à quatre/cinq, on a commencé à se tatouer les uns les autres. Et certains ont level up plus que d’autres.
RP : T’es déjà allé en shop ?
CC : Jsuis déjà allé en shop ouais, deux fois. D’ailleurs en a résulté le seul tatouage que je regrette. J’ai envie de le modifier.

RP : Tu compte rester à Marseille?
CC : Quelques années au moins, ou aller en plaine campagne, mais j’ai la flemme en vrai. Puis j’aime bien l’essence marseillaise, les petits lieux qui arrivent à exister sans être dans l’ombre de grands lieux, le côté un peu schlag aussi, moi j’ai grandi Porte des Lilas donc je m’y retrouve un peu. Mais ouais surtout les lieux cool qui ont une bonne fusion genre Sissi, Voiture 14, DATA, l’Embobineuse, l’Asile 404, l’atelier Jeanne Barret etc.
C’est marrant d’ailleurs, DATA et l’Asile 404 je les ai connus avant d’arriver à Marseille via un bouquin qui s’appelle Underground Business qui est assez chanmé, qui parle de plein de lieux majoritairement sur Marseille, Lyon, un peu à Renne etc., des espèces de lieux en mode économie parallèle.
Après c’est un peu hard parce que je suis arrivé à Marseille ya deux ans et six mois après ya eu le premier confinement, j’ai mis un mois à prendre mes marques, et après j’étais tout le temps à l’Asile 404, beaucoup à l’Intermédiaire, j’allais dès fois au Cabaret Aléatoire même si ça me plaisait pas plus que ça, j’ai été masse au Méta et genre tout à fermé d’un coup. Donc ça fait deux ans que je suis là mais que six mois de découverte de la vie marseillaise normale, je suis vraiment arrivé après la bataille.
RP : C’est sûr, mais c’est aussi un renouveau, mais il faut vraiment attendre de voir ce qu’il va se passer. Moi je trouve que ça repart dur à Marseille, ya de nouveaux jeunes, de nouveau sang, le seul défaut que je trouve à la situation actuelle, sans pour autant être expert, c’est qu’il n’y a pas assez de transversalité générationnelle. Les anciens on ne les voie jamais, ils ne viennent pas aux vernissages ni à nos soirées et nous on va jamais aux leurs aussi, je trouve ça un peu dommage.
CC : Je capte… Ya un énorme fossé entre l’underground et les mecs qui ne le sont pas, à Paris ya beaucoup plus d’expos, donc plus d’opportunités.

RP : C’est-à-dire avoir des trucs pluridisciplinaires ?
CC : C’est ça ouais.
RP : Et de la perf ?
CC : J’ai jamais vraiment fait de perf nan. J’essaie de faire en sorte que le moyen de monstration audiovisuel soit aussi important que l’audio et le visuel en fait. Il faut qu’il y ait une espèce d’égalité.
RP : Au final ça devient une sorte de pièce entière.
CC : Ouais, il faut pas un qui est l’illustration de l’autre, il faut que tout soit un piédestal.
RP : Ouais, tout s’aide en fait.
CC : Ouais, carrément, la multiprise apparente elle est aussi apparente que telle fréquence que t’entend ou que telle animation que tu peux voir à l’écran

RP : Au final ça devient une sorte de pièce entière.

CC : Ouais, il faut pas un qui est l’illustration de l’autre, il faut que tout soit un piédestal.

RP : Ouais, tout s’aide en fait.

CC : Ouais, carrément, la multiprise apparente elle est aussi apparente que telle fréquence que t’entend ou que telle animation que tu peux voir à l’écran

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